N°1 N°2 N°3 N°4 N°5 N°6 N°7/8 N°9 N°10 N°11/12 N°13/14 N°15 N°16 N°17 hors-série
EDITORIAL
Les sociétés maghrébines se trouvent actuellement dans une situation linguistique et culturelle dont le moins qu'on puisse dire est qu'elle est complexe. L'amazigh (le berbère comme on disait) est la langue de base des populations qui habitaient le Maghreb avant son islamisation et avant l'arrivée d'un peuplement arabe (Xe-XIe siècles). Il reste la langue en usage, sous forme de parlers locaux non écrits, dans de larges franges de la population. L'arabisation qui s'est produite plus tard a, en quelque sorte, ajouté une " couche " linguistique nouvelle, qui a à la fois défini l'arabe classique comme langue de l'écrit (liturgie, enseignement, administration ) et donné naissance à des " parlers " maghrébins, qu'on désigne souvent comme " arabe dialectal ", où se mélangent des éléments amazigh, arabes et européens. Les politiques mises en uvre par les Etats modernes ont poussé à une arabisation massive, et ont imposé l'adoption systématique de l'arabe écrit comme langue de travail dans l'enseignement, les médias et l'administration. Cette arabisation a fait naître des problèmes nouveaux et suscite des débats qui touchent à des aspects essentiels du fonctionnement de la société. On peut regrouper les interrogations qu'elle suscite autour des principales questions suivantes :
- Telle qu'elle a été conçue, l'arabisation permet-elle de construire (ou de retrouver) une identité nationale et une culture moderne qui soient à la fois authentiques, effectives et mobilisatrices ? Comme on le sait, l'amazigh et le maghrébin (l'arabe dialectal) sont des langues d'usage quotidien, mais ne sont pas écrites. L'arabe standard est écrit, mais non parlé au quotidien. Il est vrai que ce dernier est tenu pour une langue sacrée (étant la langue du Coran), et qu'il permet aux générations actuelles et futures de maintenir l'accès à un patrimoine culturel prestigieux et de garder le lien avec l'ensemble culturel que constitue actuellement le Monde arabe.
- Permet-elle de suivre la production scientifique mondiale et d'avoir des chances d'y contribuer ? Permet-elle d'assurer une éducation moderne efficiente, en mesure d'insérer les jeunes générations dans le mouvement des connaissances et des techniques contemporaines ?
Le processus de mise en forme d'une langue amazigh standard écrite vient de commencer. Il suscite déjà des débats, d'intenses discussions et des prises de position passionnées.
Prologues a voulu contribuer à ces débats en organisant une rencontre sur " Langues et culture au Maghreb ", à laquelle ont participé des chercheurs et des penseurs maghrébins et non maghrébins. Les interventions faites lors de cette rencontre et en réaction aux débats qui s'y sont déroulés ont été réunies dans ce numéro. Elles représentent, dans leur ensemble, une " somme " d'approches nouvelles ayant en commun le souci de dépasser le niveau de la réaction passionnelle et de proposer des regards nouveaux, tournés vers l'avenir. Le débat véritable, au sens d'échange rationnel, responsable, émancipé des préjugés a-t-il commencé ? Le lecteur pourra, nous l'espérons, en juger.
la rédaction
SOMMAIRE
LA RENCONTRE
Rabeh Sebaa
LAlgérie et la langue française :
Un imaginaire linguistique en actes ...................................................................6
Karima Direche Slimani.
Histoire de la question berbère en Algérie
Les modalités dune construction identitaire. ...................................................14
Ahmed Boukous
La langue et la culture amazighes :
entre lapllénitude du fait et la vacuité du droit. .................................................22
Abdesslam Cheddadi.
Pour une politique de la langue....................................................................... 30
Gabi Kratochwil.
Les associations culturelles amazighes au
Maroc :Bilan et perspectives. .........................................................................38
LES REACTIONS
Hassan Esmili.
Pour une politique linguistique ........................................................................46
Abdessamad Tamourou.
Réflexions sur la langue arabe, son histoire et son devenir .................................54
Najib Wassmine.
Signes pour qui sait .......................................................................................62
Abdou Filali-Ansary.
En marge du débat: en quoi la situation au Maghreb est elle singulière? ..............70
LECTURES.
Alain Roussillon
Lhistoire au défi de lhistoricisme. .................................................................82
Thierry Fabre.
Le métissage des deux rives ...........................................................................90
DEBATS.
Jocelyne Dakhlia.
Religion et politique en Islam :
Pour une approche dune question entendue. ..................................................94
Mohamed Haddad.
Ijtihad,islamogie et sciences sociales :Propositions préliminaires. ......................102
Omar Akalay.
Questions à propos du passé et du présent de lAlgérie. ..................................106
Jacques Levrat.
Réponse à Mohamed Talbi. .............................................................................................110