An Interview with Ms. Odile Bouchard of the French Embassy in Niger, by M.D. Sangaré
«La rupture avec le Niger n’est pas définitive»,
déclare Mme Odile BOUCHARD, 2ème Conseiller et Attachée de Presse à l’Ambassade de France au Niger.
Suite aux événements du 9 avril dernier, la France a suspendu sa coopération avec le Niger, contrairement à nombre de pays européens. Cela n’a pourtant pas été le cas lors du coup de force du 27 janvier 1996 où il n’y a eu que condamnation de principe...
Merci de nous avoir ouvert vos colonnes afin d’expliquer la position de la France par rapport à la nouvelle donne au Niger. Contrairement à ce que beaucoup pensent, la France n’est pas restée indifférente lors du coup de force de 1996. En tant que premier partenaire du Niger, nous ne pouvons ne pas le condamner. Et nous l’avions fait en son temps. Seulement si aujourd’hui nous sommes arrivés jusqu’à suspendre notre coopération institutionnelle avec votre pays, c’est parce qu’il y a eu la mort du président Maïnassara le 9 avril dernier. La raison essentielle est donc liée à la disparition du président de la république, ce que la France a du mal à concevoir. Rien, absolument rien ne peut justifier l’élimination pure et simple d’un chef d’Etat. Toutefois, je tiens à préciser que dans le domaine médical et de l’aide directe aux populations, nous maintenons notre coopération qui d’ailleurs sera renforcée à travers les ONG et associations de solidarité. En somme, il s’agit d’une suspension temporaire liée à l’interruption brutale du processus démocratique au Niger.
Pensez-vous que les Nigériens comprendront l’attitude de la France dans cette
période si cruciale de son existence ?
Sincèrement, je pense que le peuple nigérien comprend l’attitude de la France. Même si cela n’a pas été publiquement manifesté, nous avons eu plusieurs témoignages qui montrent que les Nigériens ont été choqués par la tragique disparition du président Maïnassara, le 9 avril dernier. Les tenants du pouvoir actuel, comme ceux à venir, doivent se faire à l’idée qu’il y a des limites à ne pas dépasser. Sinon, la voie est ouverte à tous les dérapages et abus. L’attitude de la France s’explique donc logiquement par la crainte de voir ce phénomène faire école.
Ce n’étaient pas les violations des droits de l’homme qui manquaient sous le régime de la IVème république. Mais la France n’a pas réagi...
Cela est une évidence que le régime de la IVème n’était pas au dessus de tout soupçon en matière de violation des droits de l’homme. Mais contrairement à ce que vous affirmez, la France a bel et bien eu à condamner cet état de fait et à signifier sa désapprobation face à certains écarts du défunt régime. Ce que je voudrais que les uns et les autres comprennent ici, c’est qu’il faut éviter les amalgames. La situation née des événements du 9 avril dernier est particulière car c’est la première fois que cela arrive au Niger, depuis son indépendance en 1960. Au delà de l’acte en lui-même, il faut aussi songer à sa portée parce que nous vivons aujourd’hui dans un monde interdépendant. C’est donc tout à fait normal que les relations entre les deux pays prennent un coup de froid.
Le CRN a déjà mis en place les structures devant conduire la transition à son terme : Comité des textes fondamentaux, CENI, Conseil consultatif,... Cela ne constitue-t-il pas son gage de bonne foi et surtout son engagement à ne pas s’éterniser au pouvoir ?
La France observe avec une attention particulière les actes posés par le CRN dans le cadre d’un retour rapide à la légalité constitutionnelle et formule le vœu ardent que tout se déroulera comme prévu. Cela va dans le bon sens. Néanmoins, il faut que toutes les parties prenantes jouent le jeu : les partis politiques, la société civile, les militaires,...car l’œuvre de construction nationale n’est pas aisée. Il faut que chacun apporte sa contribution et si le CRN respecte les engagements pris devant le peuple nigérien, il y a des raisons d’espérer pour ce pays.
Pour terminer, la rupture avec le Niger n’est donc pas définitive ?
Non, elle n’est pas définitive. D’ores et déjà, je peux vous dire que la reprise de la coopération française est envisagée pour le début du prochain millénaire, c’est-à-dire en janvier 2000. Cependant les échéances fixées par les autorités de la transition doivent être respectées. La France veut aider le Niger et restera toujours à ses côtés pour son aspiration à la démocratie. Nous comprenons parfaitement que la suspension de la coopération institutionnelle avec le Niger aujourd’hui est une pilule difficile à avaler, mais ce n’est le peuple nigérien qui est visé, un peuple que nous savons épris de justice et de paix.
Propos recueillis par
M. D. Sangaré