Monsieur le Président, depuis les événements du 9 avril dernier, notre pays semble être à la croisée des chemins. Quelle appréciation en faites-vous?
Les événements du 09 avril interpellent toute la classe politique en ce sens que le Niger se trouve ainsi être le pays qui change de système tous les 2 ou 3 ans. Évidemment c’est une situation qui n’est pas souhaitable, puisque cela dénote une instabilité politique qui n’engendre ni la stabilité encore moins le progrès. Tant qu’il n’y a pas de stabilité dans un pays, il n’est guère possible que les autorités se consacrent au bien- être de la population. Donc c’est fort regrettable sur deux plans : d’abord la disparition du président quelles que soient ses insuffisances. Quel que soit ce qui s’est passé, nous devons déplorer la perte d’une vie humaine, surtout quand c’est celle du premier citoyen de notre pays. Mais ce qu’il faut regretter le plus, c’est l’instabilité dans laquelle notre pays semble aujourd’hui être plongé.
Outre la crise politique à laquelle notre pays est confronté, il y a d’autres crises non moins importantes, notamment sur les plans social et financier, auxquelles il urge de trouver une solution durable. Comment votre parti entrevoit-il la sortie de crise?
La crise est la conséquence de cette instabilité politique que j’ai citée plus haut. On ne peut pas construire un pays dans le désordre. S’il n’y a pas une certaine continuité dans les actions, dans les programmes, je dirais familièrement que ce qui se passe aujourd’hui, nous ne l’avons pas volé. C’est parce que les Nigériens ont refusé ce que nous avons depuis toujours considéré comme étant la clé de la solution. C’est un consensus national qu’il faut pour ce qui est des problèmes les plus importants à savoir l’économie, l’école et les questions de sécurité. Je pense qu’il faut nous rendre à l’évidence que les raisons de cette instabilité est l’intolérance, le refus du consensus parce que chacun croit détenir les clés d’une vérité. Or, personne n’a la vérité car c’est Dieu seul qui détient la vérité. Donc par rapport à un pays comme le Niger nous pensons que pour l’avenir il faut que nous puissions, au delà de nos divergences politiques, nous mettre d’accord sur l’essentiel. C’est parce que nous sommes dans un pays où il n’y pas d’idéal, nous sommes un peu extrémistes. L’extrémisme en politique ne doit pas exister. Mais il y a sûrement quelque part un juste milieu que nous devons pouvoir privilégier pour accepter de se tolérer et veiller à ce que les consultations aussi puissent se faire dans la transparence. Cela peut être une des raisons conduisant à la stabilité.
Le dossier de la rébellion et de l’insécurité dans certaines zones de notre pays demeure toujours d’actualité. Est-ce à dire qu’il faudra encore attendre longtemps pour la paix ?
Je pense que ce sont les mêmes préoccupations, la vie d’un pays c’est un tout. Il ne s’agit pas des problèmes de sécurité ou des problèmes économiques à part, tout est lié. S’il n’y a pas de justice dans un pays, si certaines régions de notre pays sont marginalisées sur tous les plans, même dans mille ans nous allons être confrontés à ce problème d’injustice. Je pense que pour ce qui nous concerne, il n’y a rien de mieux dans ce pays que de privilégier la justice, c’est-à-dire l’égalité de chance entre tous les fils de ce pays, qu’ils soient du nord ou du centre. Il ne faudrait pas que certains de nos concitoyens se sentent comme des Nigériens de seconde zone parce que c’est cela qui a créé le problème de la rébellion dans le nord et à l’est.
Une question d’actualité, Monsieur le Président. Comment appréciez-vous la transition en cours dans notre pays, mais surtout quels sont vos espoirs pour les prochaines échéances électorales?
Je souhaite que la transition se passe dans les meilleures conditions parce que c’est elle qui sera la base du succès de ce que le Niger deviendra demain. Elle ne doit pas échouer et pour cela je me consacrerai corps et âme pour qu’elle réussisse. Car tout le monde y gagnera si elle se passe très bien et tout le monde perdra si ça se passe mal. Mon souhait est "que le ciel ait pitié de notre pays et que les Nigériens aussi aient pitié de leur pays, notamment les hommes politiques".
Pour quel type de régime votre parti opte-t-il et pourquoi ?
La discussion est engagée. Nous avons expérimenté aussi bien le régime présidentiel que semi-présidentiel avec les résultats que l’on sait. Donc le débat est ouvert et nous sommes entrain de réfléchir. Vous savez au sein d ‘un parti politique, à moins de donner son avis personnel, ce sont des débats, des discussions qui doivent aboutir à un choix. Et pour cela nous avons pris des dispositions pour que ce débat puisse se tenir au sein de notre formation politique avant de donner notre position.
Quel sera, en cas de victoire de votre formation aux élections, votre programme pour le Niger?
La justice et la démocratie. Si le Niger a connu des difficultés de toute sorte, c’est parce qu’on n’a pas suivi la route par rapport à la justice, ce qui fait que la démocratie elle même ne peut pas tenir. Donc il faut que pour chaque nigérien la justice et le droit à l’éducation, au développement, au bien être, etc. soient une réalité. Ces deux termes me paraissent comme étant le programme idéal pour le Niger de demain.
Quelle est votre opinion sur les concepts en vogue de "consensus national" et de "pacte républicain"?
Cela fait un bon bout de temps que je défends l’idée de consensus national et à l’époque certains nous avaient même tourné en ridicule. Aujourd’hui, les Nigériens se rendent compte que nous avions raison, jusqu’aux militaires qui parlent de "réconciliation nationale". Nous avions aussi proposé un pacte républicain au président Baré, cela n’a pas été accepté. Il y a eu même des hommes politiques qui l’ont condamné et ces hommes politiques qui n’avaient pas eu le courage de se prononcer soutiennent maintenant qu’il faut un pacte républicain. Donc le pacte est d’actualité et il ne faut pas qu’on retourne en arrière ; il faut que le Nigérien l’accepte.
Propos recueillis par
Ousmane Toudo