«Le type de régime consacré par la Constitution que le peuple nigérien aura adopté par référendum de manière souveraine sera le nôtre»
déclare Mahamane Ousmane, Président du CDS Rahama
Monsieur le Président, depuis les événements du 9 avril dernier, notre pays semble être à la croisée des chemins. Quelle appréciation en faites-vous ?
Comme vous le savez, nous avons dans le cadre de l’AFDS et du FRDD, publié une déclaration en date du 12 avril 1999, suite à la proclamation des Forces Armées Nigériennes relative à ces événements du 9 avril dernier.
Tout en déplorant la disparition subite du Chef de l’État, dans les circonstances tragiques, nous avons eu à relever que cet événement est intervenu dans un contexte de blocage politique, économique et social du pays.
Comme vous le dites notre pays est à la croisée des chemins. Chaque citoyen nigérien doit se sentir interpellé, faire son examen de conscience et faire en sorte que le pays puisse trouver le meilleur chemin dans l’intérêt supérieur de la Nation.
Outre la crise politique à laquelle notre pays est confronté, il y a d’autres crises non moins importantes, notamment sur les plans social et financier, auxquelles il urge de trouver une solution durable. Comment votre parti entrevoit-il la sortie de crise ?
Je disais tantôt que chaque citoyen doit faire en sorte que le pays puisse trouver le meilleur chemin et notre parti estime que la sortie de crise nécessite la conjugaison des efforts de tous. C’est ce qui explique notre participation au gouvernement de Transition.
Le dossier de la rébellion et de l’insécurité dans certaines zones du territoire national demeure toujours d’actualité, cela malgré les différents accords de paix signés. Est-ce à dire qu’il faudra encore attendre longtemps pour la paix ?
Le 15 avril1994 à l’occasion du premier anniversaire de mon investiture à la magistrature suprême de ce pays, j’ai eu à déclarer entre autres, que la rébellion armée est née de l’incapacité des régimes passés à créer les conditions d’un développement équilibré et harmonieux de nos régions. De même le 24 avril 1995, j’ai eu à dire que, désormais, aucun nigérien, quel que soit le lieu de sa résidence, ne doit être considéré comme un citoyen de seconde zone. Ces mêmes convictions continuent à m’habiter. De plus, je reste toujours convaincu qu’aucune oeuvre durable ne peut être réalisée dans l’insécurité et l’instabilité. C’est dire que malgré les moyens limités de notre pays, il urge d’accorder beaucoup plus d’attention aux mesures visant à consolider la paix, la cohésion sociale et instaurer la bonne gouvernance.
Une question d’actualité, Monsieur le Président. Quel regard jetez-vous sur la transition en cours dans notre pays, et surtout quels sont vos espoirs pour les prochaines échéances électorales ?
Mon appréciation de cette transition en cours dans notre pays, reste la même que celle exprimée par la déclaration du FRDD et de l’AFDS du 12 avril 1999. Comme vous le savez, nous avons pris acte de la proclamation des Forces Armées Nigériennes (FAN) en date du 11 avril 1999 qui institue une transition de neuf mois avec un gouvernement de large consensus. Cependant, nous avons souhaité que cette transition se passe dans le respect des Droits de l’Homme, des libertés fondamentales et de valeurs démocratiques et républicaines.
Nous constatons avec satisfaction, que jusqu’ici, le Conseil de Réconciliation Nationale (CRN) respecte scrupuleusement ses engagements.
J’ai donc bon espoir que les échéances électorales annoncées seront respectées et que ces élections se dérouleront dans la sérénité, de manière libre et transparente afin que les institutions légitimes et stables soient mises en place pour l’intérêt supérieur de la Nation.
Pour quel type de régime votre parti opte-t-il et pourquoi ?
Nous avons une préférence pour le régime présidentiel en raison du contexte social et culturel de notre pays, mais, mon parti le CDS-Rahama, n’a pas une position dogmatique et figée sur cette question. Nous sommes des démocrates et nous participons à tous les débats sur cette question et nous y apporterons notre contribution. L’objectif final étant de doter notre pays d’institutions républicaines, démocratiques, stables et en mesure de favoriser le développement économique et social. Ceci étant, le type de régime consacré par la Constitution que le peuple nigérien aura adopté par référendum de manière souveraine sera le nôtre.
Quel sera, en cas de victoire de votre formation aux élections, votre programme pour le Niger ?
Il me semble prématuré pour le moment, de parler de ces questions. Cependant, je vous rappelle que le CDS-Rahama est un parti qui travaille selon des méthodes démocratiques et collégiales. Le moment venu, ses instances de direction se réuniront pour décider et rendre publiques toutes ces questions. ANFANI, y sera naturellement convié comme d’habitude.
Quelle est votre opinion sur les concepts en vogue de "consensus national" et de "pacte républicain" ?
Dans le contexte nigérien, si je me limite aux explications données de part et d’autre, je pense que ces termes ont le même objectif. Comme vous le savez, dans mon message à la Nation, à l’occasion du 35ème anniversaire de l’indépendance du Niger, j’ai eu à lancer un appel à tous les acteurs de la vie socio-politique du pays pour la réalisation d’un Pacte Républicain devant garantir une stabilité socio-politique durable, en vue de permettre d’une part, la relance économique et d’autre part la consolidation du processus démocratique. En définitive, la stabilité socio-politique, la sauvegarde de l’unité nationale, l’implication de tous les acteurs politiques dans la gestion de la chose publique, la relance de notre économie, la consolidation, puis l’approfondissement de notre processus démocratique, constituent le but principal du Pacte Républicain.
Je constate avec satisfaction que cette idée de Pacte Républicain continue toujours de faire son chemin et que sa nécessité est de plus en plus comprise, comme un moyen de soutien de la culture démocratique et de la cohésion sociale et politique. Il ne fait plus aucun doute qu’il est nécessaire au Niger d’avoir des dispositions claires et acceptées de tous sur, par exemple :
- Le statut de l’opposition ;
- La dépolitisation de l’administration ;
- Le rôle des Forces de Défense et de Sécurité Républicaines dans un contexte de démocratie pluraliste.
- Etc...
Propos recueillis par
Abdoulaye Mamane Ousmane