Monsieur le Directeur Général, votre Agence a dix ans déjà. Le simple atelier de production audiovisuelle est devenu un conglomérat de presse aujourd’hui. Quel est le secret ANFANI?
Nous n’avons pas «de secret» en tant que tel. Je dirais simplement que nous avons des idées, de la chance et des compétences. C’est vrai que même après la libéralisation de l’espace médiatique au lendemain de la Conférence nationale souveraine en 1992, beaucoup de professionnels des médias hésitent à se lancer dans le privé, la situation du pays n’étant pas favorable. Pour notre part, nous nous sommes dit que c’est une expérience qu’il faut tenter et au delà, il y a un travail d’éducation civique des populations que la presse doit faire, si on veut que le processus démocratique engagé en 1989 aboutisse à bon port. Le peuple n’avait aucune culture démocratique, à cela il faut ajouter la soif d’information. Donc nous y avons cru et nous nous sommes véritablement engagé. Le résultat, comme vous le dites, est là. Nous avons gagné le pari.
Votre entreprise semble avoir opté pour la délocalisation de ses activités. ANFANI Zinder et Maradi sont opérationnelles. Pourquoi cette politique de régionalisation ?
En fait, le siège de ANFANI reste et demeure à Niamey. Du moins jusqu’ici. C’est vrai que nous sommes présents à Zinder et Maradi, nous serons dans quelques semaines à Diffa. Cette politique de régionalisation est guidée par un souci : concevoir avec les populations locales et diffuser pour elles des messages qui répondent plus à leurs préoccupations. Qu’il s’agisse des questions de santé, des problèmes de l’environnement, de l’hygiène etc., chaque localité a sa spécificité. Et l’État, vous pouvez aisément le remarquer ne peut pas à la fois assurer la pluralité de l’information, la couverture en FM des régions du pays avec essentiellement des productions locales et de l’autre coté améliorer le confort d’écoute des chaînes internationales qui sont très prisées. Aujourd’hui, c’est chose faite avec ANFANI. Avec tout le confort d’écoute, les populations suivent leurs émissions préférées et s’informent grâce à la rediffusion des programmes des radios partenaires, c’est-à-dire la VOA et la BBC, que nous assurons .
M. Le DG, on a l’impression que la branche radiophonique de votre agence fait ombrage aux autres activités. Que répondriez-vous ?
Il ne s’agit nullement pas d’un manque d’intérêt pour la production audiovisuelle ou encore les études et conseils...Certes la radio est présente un peu partout, mais c’est parce que c’est ce qui marche plus ou moins normalement au sein du groupe. Notre souhait c’est d’obtenir des marchés de productions audiovisuelles, par exemple. Vous n’êtes pas sans savoir que les grands clients que constituent les projets de développement sont pour la plupart arrêtés suite aux événements du 27 janvier 1996 puis de ceux du 9 avril 1999. Un exemple concret : l’USAID qui finance et pilote beaucoup de projets a fermé ses portes au Niger. Plusieurs partenaires au développement n’investissent que dans les domaines dits sociaux. Sans compter la politisation de l’administration. Si vous n’avez pas la couleur du régime en place, vous ne pouvez pas prétendre à certains marchés puisqu’étant réservés pour récompenser les militants.
Née en 1989, l’Agence ANFANI a vécu toutes les péripéties de la démocratisation. Quel est le moment le plus noir au terme de liberté d’expression et d’activité pour votre groupe ?
Comme dans la gestion de toute entreprise, nous avons connu des hauts et des bas. Mais le creux de la vague qui a failli nous noyer a coïncidé avec le moment où les centres de décisions se multipliaient et où l’administration était aux mains des informels Pendant quelques mois qui nous ont paru une éternité, nous avons connu ce que c’est que l’angoisse et la RES-PON-SA-BI-LI-TE. Je veux dire le difficile choix entre le silence qui était synonyme de complicité et la vérité qui était alors cette pilule que personne ne voulait avaler.
M. le Directeur Général, la Radio ANFANI a été distinguée à maintes occasions pour son combat en faveur de la démocratie et des libertés. Quel sens donnez-vous à ces différentes distinctions tant nationales qu’internationales ?
Il y a un dicton qui dit "Dieu reconnaît toujours les siens". Donc je crois que la consécration n’est que l’expression d’un sentiment général. Celui d’observateurs divers et privilégiés qui estiment, à notre humble avis, que nous oeuvrons pour le bien d’une population.
Après une décennie d’existence, qu’est-ce qui fait votre plus grande satisfaction et votre plus grosse déception ?
Ce que nous déplorons le plus, c’est l’absence de véritables banques d’investissement. Au Niger pour bénéficier d’un crédit, il faut justifier d’une garantie qui couvre pratiquement 150 % du montant demandé. Les banques se soucient très peu de la viabilité de votre projet. Fort heureusement, de plus en plus nombreux sont les partenaires du Niger qui appuient la presse. Je m’en voudrais de ne pas saluer au passage les efforts des partenaires qui sont l’ambassade d’Allemagne, la Coopération danoise, suisse et française, grâce auxquelles nous offrons le meilleur de nous-mêmes. Mais il s’agit d’appuis ponctuels. En dernier ressort il appartient à l’État, conformément aux textes, d’apporter un appui conséquent aux médias privés qui font aussi du service public. Sans nous flatter, demandez un peu à nos auditeurs et lecteurs, vous aurez une idée plus précise de l’estime qu’ils portent aux médias privés.
Interview réalisée par
Boucar Gambomi