Campagne de dénigrement des membres de la CENI, "attaque" contre certains observateurs, blocage des équipes de supervision, ennuis logistiques et financiers, interruption de la diffusion des résultats à la radio, etc. La CENI qui a organisé les élections locales du 7 février 1999 n’a connu que des déboires et des entraves savamment orchestrées par le pouvoir et ses hommes de main. Le summum fut atteint avec le "saccage électoral" au lendemain du scrutin, saccage destiné à compromettre tout le processus électoral.
Dans son rapport général détaillé en date d’avril dernier, la CENI indexe des groupes de jeunes du RDP-Jama’a (Tillabéry, Tanout, Dosso et Zinder), des éléments de la police et de l’armée, ainsi que des autorités et des élus. Les vandales ont détruit et emporté le matériel électoral en exerçant des violences sur les membres des commissions électorales. Ils ont saboté les lignes téléphoniques de la CENI, détruit les procès-verbaux dans des bureaux de vote et usé d’armes à feu contre des citoyens (Mirriah et Matameye, par exemple, où on a déploré 4 blessés graves). A Tanout, c’est le sous-préfet en personne qui a déchiré les procès verbaux. Le chef de cabinet du Préfet de Zinder a, quant à lui, arraché les fils du téléphone et du fax de la commission régionale des élections et ordonné la séquestration de ses membres, note le rapport de la CENI. De même des élus, dont Alphari Kampaïzé à Kollo, ont dirigé des opérations de saccage de sièges des commissions électorales. Ces troubles et violences ont été orchestrés alors que les scrutins se sont déroulés dans de "conditions acceptables" en dépit de petits problèmes d’organisation. Il importe de relever que l’État du Niger ne s’est acquitté que de 315 millions de F CFA, pour un engagement de 500 millions de F CFA. La CENI a dépensé 1,96 milliard de F CFA sur un budget de 3,1 milliards de F CFA. Elle dispose donc de crédits non utilisés de plus d’un milliard de nos francs.
Tirant les leçons de ses déboires, la CENI a fait une série de recommandations dans son rapport. Elle demande la mise en oeuvre d’une structure permanente, la formalisation de l’observation électorale et la sensibilisation des électeurs. Elle demande également la poursuite judiciaire à l’encontre des auteurs des actes de vandalisme perpétrés lors des élections locales du 7 février. M. Laouali Dan Dah, aujourd’hui Ministre de la justice, est bien placé pour donner suite à cette dernière recommandation. Après tout la réconciliation nationale ne signifie pas impunité.
Enfin, la nouvelle CENI de Me Issaka Souna chargée de superviser les futures consultations prévues pour novembre 1999 serait bien inspirée de prendre en compte les recommandations du rapport de la CENI sur les élections locales pour que de tels actes ne se reproduisent plus.
Grémah Bouca