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Journal Anfani

Internet Issue June 1999 -

Maradi
Bagarre autour de l’Ecogare

A peine née, la nouvelle écogare de Maradi suscite bien des polémiques. Bras de fer entre la municipalité et le syndicat transporteur d’une part ; incompréhensions entre les transporteurs et les commerçants de la ville de l’autre. Exemple de la détermination des populations de prendre en charge, de plus en plus, la gestion de leurs propres affaires...

C’est une des toutes premières bombes qu’aura à désamorcer le préfet entrant du département de Maradi : éteindre le foyer d’incendie qui fait rage entre la municipalité de la ville et le syndicat des transporteurs du département. Objet du litige : le joyau flambant neuf de la gare routière, entièrement rénové grâce à un financement Nigetip. La mairie veut la donner en gérance libre. Ce en quoi les transporteurs ne s’opposent pas dans le fond. C’est la forme qui déclenche leur courroux : «ils veulent la donner en gérance libre avec offre publique nationale. Ce qui, en clair, veut dire que nous, transporteurs de Maradi sommes incapables de gérer nos propres affaires, qu’il faut qu’un messie vienne d’ailleurs pour nous apprendre comment faire marcher notre autogare. Qui d’autre, mieux que le propriétaire de la case, sait exactement là celle-ci coule» s’égosille Elhadji Mahaman Zinguilé, président du syndicat des transporteurs du département de Maradi. «Nous ne serons jamais d’accord et nous sommes prêts à découdre avec n’importe qui pour rentrer dans nos droits» continue le passionné président en multipliant les métaphores favorables à la gestion décentralisée des affaires par les populations concernées. Mais le syndicat des transporteurs de Maradi n’a pas seulement maille avec la municipalité de la localité. Il doit aussi faire face à l’appétit aiguisé des commerçants de la ville qui regarde le bijou avec convoitise. «Ne mêlons pas les genres, pouvons-nous, nous transporteurs, aller revendiquer la gérance du marché de Maradi ?» rétorque Elhadji Zinguilé avec un humour caustique. Ce dernier rappelle toutes les péripéties ayant précédé la construction de la gare routière de Maradi. «C’est aux commerçants de la ville que le maire, M. Salaou Kané, avait d’abord proposé de retaper leur marché. Devant leur refus et après bien des négociations chez le chef de province et chez le préfet, il s’est tourné vers nous. Parce que nous voyageons beaucoup, parce que nous avons vu ce qu’est devenu l’Ecogare de Niamey, parce que nous voyons partout comment les gares se modernisent, nous avons sauté sur l’occasion».. Mais les commerçants , notamment ceux qui tiennent boutique au sein de la vieille gare, ne désarment pas pour autant. Ils font de la résistance en exigeant d’être dédommagés avant tout déguerpissement. «Nous avons du leur brandir de vieilles textes interdisant toutes constructions définitive à l’intérieur de la gare pour les ramener à la raison» explique le président du syndicat des transporteurs. Le joyau érigé, et quel joyau, «les mêmes détracteurs qui nous avaient traité de tous les noms reviennent aujourd’hui à la charge et revendiquent la gestion du patrimoine qu’ils avaient combattu toutes griffes dehors». Mais les transporteurs barrent la route se disent prêts à intenter n’importe quelle action tant que leurs légitimes préoccupations ne sont pas prises en compte «de la même manière que nous ne serons jamais d’accord avec pour une offre publique nationale, de la même manière, nous ne laisserons notre autogare dans la main de ces saboteurs. Qu’on nous laisse gérer notre bien quitte en nous déposséder si nous ne remplissons pas les termes du contrat ou que nous nous singularisons par une mauvaise gestion».

Ibbo Daddy Abdoulay

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