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Journal Anfani

Internet Issue June 1999 -
Maradi vibre au «son Anfani»

Depuis février dernier, les Maradawas ne jurent plus que par un seul dieu : la radio Anfani. L’installation de cette station indépendante dans la capitale économique du Niger n’élargit pas seulement le spectre de l’aire culturelle, elle offre aussi d’immenses perspectives...

Réunion houleuse à la Chambre de commerce de Maradi. Pour dégéler l’atmosphère qui tournait au pugilat entre la Mairie et les opérateurs économiques au sujet de la gérance de la nouvelle écogare de Maradi, le représentant du maire ne trouve mieux que de lancer : «nous ne vous avons pas vu au lancement de notre campagne salubrité ?». Réponse des opérateurs : «nous n’étions pas au courant». «Pourtant, nous avons passé le communiqué sur les ondes» insiste l’administrateur. «Cela dépend de la station , répondent, un brin provocateur, les commerçants. Si c’est sur la RJM (station régionale publique), ce n’est pas pour nous que vous l’avez fait car depuis que Anfani est là personne n’écoute plus la RJM».

Petit aperçu de la très grande audience dont joui la station Anfani Fm de Maradi depuis qu’elle a commencé à émettre, début février, dans la prestigieuse capitale du Gobir et du Katsina. Paysan, femme au foyer, vendeuse, fonctionnaire, commerçant, désoeuvré, scolaire..., tous n’ont que la Fréquence des merveille à la bouche et l’oreille collée au transistor. «Avec l’ouverture de Anfani à Maradi, mon stock de petits radion fm s’est envolé comme par enchantement» affirme, ravi ce vendeur de poste radio, face la gare routière flambant neuve de Maradi. Avant de continuer :»Amfani, laalé a koy amfani ! « Il n’est pas le seul à trouver son compte. Comme des populations longtemps privées d’informations vraies, libres et indépendantes, les Maradawas qui depuis fort longtemps ont boudé le contenu insipide, creux et soporifique de la chaîne nationale, redécouvrent avec délices une autre façon de voir le monde qui les entoure. Notamment grâce aux bulletins en langue haoussa de la BBC, qu’ils reçoivent désormais en direct sur la «FM 100» et avec un meilleur confort d’écoute. Seule pointe de regret dans un programme que les uns et les autres estiment taillé sur mesure pour Maradi : l’absence d’informations locales. «Nous aussi nous voulons être au même niveau d’informations que la capitale» est un reproche qui revient fréquemment dans la bouche de tous les interlocuteurs.

A défaut d’être sur satellite, ce qui, aux dires de la direction générale à Niamey, «permettrait à tous les auditeurs de Anfani de recevoir en même temps et au même moment le même type d’information aussi bien à Niamey qu’à l’intérieur et à moindre coûts», le responsable de la radio Anfani de Maradi, promet de faire des efforts, sitôt après l’inauguration : « Inch Allah, nous allons diffuser des informations, ne serait-ce que des éditions locales d’informations». «Ce n’est que justice pour des auditeurs qui viennent parfois des cantons de Safo, Giratawa, Madarounfa, Sarkin Yama..., pour satisfaire leur curiosité, rendre honneur à leur radio et encourager les animateurs qui y travaillent» admet Yahouza Sadissou. Cet professeur d’histoire (il est nanti d’une maîtrise d’histoire, obtenue à l’université de Niamey) est l’heureuse illustration de «l’enseignement mène à tout à condition d’y sortir». Passionné dès sa tendre enfance par «les gens qui parlent dans la boîte à paroles», il n’a cependant jamais eu l’occasion de fréquenter une école de journalisme, «ce métier qui forme et qui développe les relations sociales» dit-il. Orienté dans une filière qu’il n’a jamais choisi et contraint d’enseigner l’histoire, «un métier pas tellement différent du travail de journaliste», il n’oublie pas pour autant son rêve de jeunesse et caresse le fol espoir de le réaliser un jour.

S’ouvre la radio Anfani Niamey en janvier 1995 et des chances de le voir prendre corps. Le professeur d’histoire au collège Mariama de Niamey a vite fait de décrocher un poste de collaborateur. Son dynamisme et son sérieux ont vite fait de le faire remarquer du directeur général. Quatre ans plus tard, le voilà nommé responsabilité de la station Anfani de Maradi. Entretemps, le professeur a pris une disponibilité pour pouvoir s’adonner à satieté à sa nouvelle activité. Mais il a vite fait de se confronter aux contraintes d’une profession qui, quoi que l’on dise, n’est que sacerdose et plat d’épines dans un pays où jusqu’à un passé très récent, le journaliste est consideré comme un élément subversif très dangereux à mettre hors d’état de nuire par tous les moyens. «Pendant la campagne des élections locales, nous étions perpétuellement harassés par le préfet qui ménaçait de fermer la radio à tous instants, pour , disait-il, «la quiétude sociale». Loin de se dégonfler, il n’a éprouvé que davantage d’amour pour sa nouvelle profession. Aidé par une équipe d’animateurs professionnels, ayant acquis leur expérience, soit dans les différentes stations régionales de la radio nationale , soit à Anfani Niamey et Zinder, Yahouza Sadissou reste convaincu que le plus dur est à venir. Soutenus dans leurs premiers pas par Anfani Niamey, ils sont aujourd’hui sevrés. «Depuis, nous parvenons à faire face, tant bien que mal, à nos dépenses qui sont de l’ordre de deux millions» mais le stage d’observation des 17 agents tirant à sa fin, il faut maintenant faire face aux importantes charges salariales. Ce qui n’est pas une mince affaire dans une région où il ne faut jamais parler d’argent à des commerçants pour la plupart en faillite. Après avoir conquis les coeurs, le responsable de Anfani Maradi veut maintenant conquérir les bourses. Sa stratégie ? Une vaste campagne de marketing pour convaincre les opérateurs économiques sur l’incontournabilité de la pub dans une économie moderne et mondiale. Le marché nigérian tout proche le fait aussi saliver : «car Anfani est captée jusqu’à Katsina».

Tout n’est pas rose pour autant. Si le rayon d’action de Anfani s’étend largement au Sud et à l’Ouest, il ne dépasse guère la vingtaine kilomètres à l’Est et au Nord, privant ainsi une bonne partie des populations de ces régions d’une dose de plaisir à laquelle ils sont légitimement en droit de s’attendre. Un brûlot et non des moindres : les émissions réligieuses très prisées des auditeurs mais un explosif à manier avec précautions. «Nous avons établi un contrat avec les huit associations représentées au niveau du département, pour que chacune d’elles prêche une demi-heure, une fois par mois ; puis, nous avons signé des contrats avec des commerçants ou des même certains fonctionnaires qui veulent faire passer des prêches» explique Yahouza Sadissa. Mais les émissions se passant le plus souvent en direct, le risque est évidemment grand de voir des ultras jeter l’anathème sur tel ou tel courant ou appeller des auditeurs fanatisés à commettre tel ou tel impair. Le Nigéria est tout proche et des antécedents ont déjà eu lieu à la RJM. Mais, il en faut plus pour venir à bout de l’enthousiasme débordant du responsable de la radio Anfani qui ambitionne plus que tout de faire partager le programme de sa radio à l’ensemble des populations du département et de parvenir à trouver des stages de formation pour son personnel. «On a beau être expérimenté, on a toujours besoin d’acquérir encore un peu plus», réconnaît-il.

IBBO DADDY ABDOULAYE

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