RADIO PRIVEÉ
ANFANI FM
Tél: 74 09 08 Fax: 74 00 52
BP: 2096 Niamey Niger
afani@intnet.ne
Logo
Journal Anfani

Internet Issue June 1999 -
"Les gouvernants deviendront crédibles, le jour où ils prêcheront par l’exemple",
estime Issoufou Mahamadou, Président du PNDS-Tarayya.

Monsieur le Président, depuis les événements du 9 avril dernier, notre pays semble être à la croisée des chemins. Quelle appréciation en faites-vous ? Depuis le 9 Avril 1999 notre pays est une fois de plus face à un grand défi. Pourra-t-il en effet, après la tragédie de la mort du Général Baré, faire face à son destin de façon conséquente ? Saurons-nous tirer toutes les leçons de l’échec de la IIIè et de la IVè République, ou bien serons-nous condamnés à répéter les mêmes erreurs ? Voilà, me semble-t-il, notre défi collectif. Le Conseil de réconciliation nationale, pour ce qui le concerne, est en train de faire les choses conformément à ses engagements, qui par ailleurs sont le reflet des attentes de la grande majorité des Nigériens. Il s’agit d’aller jusqu’au bout dans ce sens.

Outre la crise politique à laquelle notre pays est confronté, il y a d’autres crises non moins importantes, notamment sur les plans social et financier, auxquelles il urge de trouver une solution durable. Comment votre parti entrevoit-il la sortie de crise ?

Il serait erroné de penser que nous sortirions de la crise financière au cours de la présente période de transition et ce pour plusieurs raisons, dont les deux principales suivantes : 1) le passif hérité de la IVè république s’avère être une catastrophe. Les chiffres naguère avancés pour montrer que la situation économique s’améliorait étaient totalement faux. Il y avait des personnes qui étaient passées maîtres dans l’art du mensonge et de la manipulation des chiffres artificiels. 2) l’autre raison c’est que nous sommes en fin de FASR et les mesures prises par la France ainsi que l’attitude de l’Union européenne qui a engagé des discussions avec l’État du Niger ne permettent pas, pour le moment , de conclure un nouveau programme avec le FMI et la Banque Mondiale. Pendant toute cette période de flottement notre situation financière sera marquée par des difficultés très aiguës. Cela dit il revient à l’État, du fait justement de cette conjoncture, d’améliorer les performances de nos régies financières et de consacrer nos dépenses à l’essentiel.

Le dossier de la rébellion et de l’insécurité dans certaines zones du territoire national demeure toujours d’actualité, cela malgré les différents accords de paix signés. Est-ce à dire qu’il faudra encore attendre longtemps pour la paix ?

Non, je pense que la paix est acquise depuis 1995 en ce qui concerne certains fronts, depuis 1997 et 1998 pour d’autres. Ce qu’il reste à faire c’est de mettre en exécution le contenu des différents Accords signés avec les différentes rebellions. Quelque chose a déjà été fait. C’est vrai qu’il y a beaucoup de lenteurs, mais tout le monde sait qu’elles tiennent pour l’essentiel à la faiblesse des moyens financiers de l’État. Nous souhaiterons que la France reprenne dans les meilleurs délais son intervention destinée au retour définitif de la paix dans le nord et l’est de notre pays. Nous souhaitons également que l’ancienne rébellion comprenne les difficultés de l’État. Et enfin bien sûr, nous demanderions aux autorités d’accélérer le processus d’exécution des différents accords, surtout en ce qui concerne les aspects qui ne demandent pas beaucoup d’argent.

Une question d’actualité, Monsieur le Président. Comment appréciez-vous la transition en cours dans notre pays, et surtout quels sont vos espoirs pour les prochaines échéances électorales ?

Si la présente transition débouche sur des élections effectivement libres et transparentes, elle aura accompli le plus important dans son cahier de charges. Pour nous, cette transition a une mission principalement politique. Aussi attendons-nous des prochaines élections qu’elles mettent en place des institutions viables et durables et que les autorités élues achèvent leur mandat dans la stabilité et la tranquillité.

Pour quel type de régime votre parti opte-t-il et pourquoi ?

Notre parti opte, comme toujours, pour le régime semi-présidentiel. La raison est bien simple : c’est que ce régime a l’avantage de permettre un réel contrôle de l’Exécutif par le pouvoir législatif d’une part et d’autre part ce type de régime prévoit des mécanismes de régulation des conflits tels qu’on ne les a pas dans un régime présidentiel. Regardez ce qui s’est passé sous la IVè république. Tout le monde avait conscience que tout accord entre le FRDD - l’AFDS et feu le Général Baré passait par une reprise des élections législatives, mais les rigidités juridiques propres au régime présidentiel n’avaient pas permis la mise en oeuvre d’une telle mesure. C’est là un exemple parmi de nombreux autres qu’on pourrait donner.

Quel sera, en cas de victoire de votre formation aux élections, votre programme pour le Niger ?

Il faut s’atteler à stabiliser les institutions à partir d’une politique qui assure la promotion de la compétence et de l’expérience dans la gestion de l’administration. Il faut mettre fin à l’exclusion et ses corollaires que sont le népotisme, toutes les formes de passe-droit et les complaisances entraînant la mauvaise gestion. Une telle politique est à la fois difficile et facile. Elle est facile parce qu’elle ne demande pas autre chose que la matérialisation d’une volonté déjà affirmée. Mais en même temps elle est très difficile car en général le rapport des hommes politiques à leurs engagements relève surtout de la pure incantation. Le défi est de pouvoir faire ce qu’on dit. Notre conviction est que les gouvernants deviendront crédibles le jour où ils prêcheront par l’exemple. C’est aussi ce jour-là qu’ils peuvent remettre les Nigériens au travail. Les dirigeants ne peuvent pas mentir et constituer en même temps des modèles positifs. Sur le plan économique nous mettrons en oeuvre une politique qui aura le soutien des institutions de Breton Woods mais qui sera très attentive quant à la promotion de l’éducation et de la santé. Cela n’a rien de contradictoire, ce sont en général les gouvernants qui manquent d’imagination et qui se contentent des recettes les plus simples.

Quelle est votre opinion sur les concepts en vogue de "consensus national" et de "pacte républicain" ?

On n’aurait rien compris à la situation et aux problèmes auxquels le Niger est confronté tant qu’on envisage son avenir dans un cadre qui ne soit pas celui d’un rassemblement de forces politiques le plus nombreuses et les plus variées possibles. L’AFDS et le FRDD sont des regroupements nés dans les conditions de la lutte contre la dictature, ils constituent en cela la matrice et les modèles de ce que devra être le cadre qui aura à gérer le pays demain. De ce point de vue de notions telles que celles de "consensus national", "pacte républicain" indiquent les formules de gouvernement aux quelles nous sommes tout simplement condamnés. Il ne s’agit pas que de le proclamer, il faudra le réaliser. Il faut donc rompre avec l’incantation et développer une politique réelle d’intégration et d’unité pour que nous n’ayons plus à être distraits par la politique.

Interview réalisée par Abdoulaye Seyni

webmaster@ned.org | updated June 1999