Arriérés de salaires
Un encombrant héritage pour le CRN
N’y aura-t-il donc pas de répit dans le monde syndical nigérien? Même pas un mois de grâce du front social pour les tombeurs du régime de feu président de la république, Ibrahim Maïnassara Baré, disparu tragiquement le 9 Avril 1999, et voilà que ça recommence. Les syndicats reprennent de...l’action. En remontant un peu le temps, il faut dire que depuis que le vent de la démocratie a commencé à souffler sur le Niger, le mouvement syndical semble être pris de la danse de Saint-Guy.
Comme si, plongé dans une profonde confusion grammaticale, il retrouve subitement ses mots d’ordre : le monde des travailleurs nigériens et celui estudiantin étaient à l’avant garde pour arracher aux autorités de la 2ème république la tenue d’une conférence nationale souveraine. Par la suite, les syndicalistes allaient donner du fil à retordre au gouvernement de transition de Cheiffou Amadou sur la base de revendications essentiellement salariales, malgré une complainte choc de l’époque, "la marmite est vide", mais qui n’a pu faire recette ! Cette "marmite vide" sera fourguée aux dirigeants de la 3 ème république qui, de débrayages en débrayages, allaient récolter l’une des plus longues grèves de l’histoire du mouvement syndical nigérien : près de 2 mois d’arrêt de travail qui devraient, en partie, sonner indirectement le glas de la 3 ème République. Et ce qui devrait arriver arriva : le coup d’état du 27 Janvier 1996 conduit par un groupe de douze (12) officiers avec à leur tête, le colonel Ibrahim Maïnassara Baré.
La démocratie réveille les syndicalistes
Élu président de la 4ème république du Niger en 1997 à l’issue d’un scrutin fortement contesté par les partis politiques de l’opposition, le président Baré, fort de sa consécration constitutionnelle, instruit son gouvernement de conclure un programme d’ajustement structurel avec les institutions financières de Breton Woods. Pour ce faire, le Niger devrait donner le gage de sa bonne volonté en assainissant notamment ses finances publiques avec toutes les conditions draconiennes que cela suppose pour le monde des travailleurs tant du secteur public que privé.
Les agents de la fonction publique accumulaient déjà plusieurs mois d’arriérés de salaires et, maintenant, il leur fallait accepter des coupes sombres sur des émoluments qui tombaient de manière épisodique. Dans le secteur privé le gouvernement de la 4 ème République envisage de privatiser certaines sociétés et de procéder à la liquidation pure et simple des autres. Il aurait sans doute fallu moins que ça pour provoquer le courroux des syndicalistes qui, déjà, observaient par intermittences, des arrêts de travail pour réclamer le paiement régulier des salaires et à terme échu.
C’est dans ce contexte déjà difficile pour les Bourses des travailleurs de la fonction publique qu’interviendront en 1998 l’institution de l’IUTS (une nouvelle formule d’impôt sur le salaire plus lourde à supporter, semble-t-il) et la révision à la baisse de la grille salariale. Cette révision fit perdre à certaines catégories de fonctionnaires jusqu’à 30% sur leurs émoluments. Dans la même foulée, l’Union des scolaires nigériens (USN) semble avoir été complètement oubliée par les autorités car les arriérés de bourses et autres allocations scolaires ne faisaient que s’accumuler. Ce fut alors la levée de bouclier du monde syndical : les mots d’ordre de grève de l’USTN recommencent à pleuvoir de plus belle. Cependant, la centrale syndicale fut très vite débordée et ses dirigeants traités de laxistes par certaines corporations affiliées.
C’est ainsi que chaque syndicat mobilisa ses militants pour organiser des grèves sectorielles, les plus déterminés étant les employés des secteurs hautement sensibles de l’éducation et de la santé. Le gouvernement du Président Baré refusant de céder, un Comité interministériel chargé de négocier avec les syndicats fut mis en place. Mais en réalité on ne fit que tourner en rond, le gouvernement prenant des engagements qu’il n’honora jamais. Tout juste avait-on le temps de "désamorcer" une grève et rebelote!
Le pouvoir nargue les syndicats
Le secteur privé aussi n’a pas été en reste avec notamment le grand débrayage sans service minimum observé par les agents de la Nigelec afin de s’opposer la privatisation de la société. Suite à ce mouvement, des syndicalistes furent arrêtés, traduits en justice, condamnés à de lourdes peines de prison, puis finalement relaxés dans le souci d’apaiser la tension grandissante au sein du front social. Toutefois, il faut dire que malgré ce regain d’actions du mouvement syndical, le gouvernement de la 4 ème république a réussi la prouesse de diviser le monde des travailleurs, du moins certains syndicats, par la corruption ou le chantage ayant contribué à "casser" plusieurs mots d’ordre des grèves. Le pouvoir du Président Baré s’est aussi arrangé à affamer les travailleurs, à les avoir à l’usure, à telle enseigne que certains agents de l’État, de guerre lasse et se rappelant l’interminable grève de deux (2) mois observée sous la 3 ème République dont rien de concret n’est sorti, se désintéressèrent purement et simplement de toute lutte syndicale. Ce qui fit que les grèves n’étaient plus bien suivies voire même pas du tout, ceci à la grande joie du Président Baré et de son équipe qui, au fil des jours, conduisirent le mouvement syndical à son effritement, exception faite des irréductibles de l’enseignement et de la santé.
Le duel se poursuit
C’est dans ce climat de ni paix ni guerre que le pouvoir enfonça son second clou, après la nouvelle grille salariale, dans le portefeuille déjà troué des travailleurs avec l’adoption d’un nouveau régime de retraite et le nouveau statut de la fonction publique -qui ne font en fait qu’un- à travers l’ordonnance 98-04- du 24-12-98. Avec le nouveau régime de retraite, ce sont quelques 3000 agents de l’Etat qui vont cesser de travailler d’ici l’an 2000.
Dans le monde des travailleurs, c’est la stupeur et la consternation. " Les élus du peuple ont trahi", avancent beaucoup d’entre eux. "Non, rétorquent les accusés, le Niger a signé un programme de relance économique avec le FMI et la Banque Mondiale et il faut remettre l’économie nigérienne sur les rails". "Même sur les cadavres des fonctionnaires ", ironisèrent amèrement certains syndicalistes. Quant au Ministre de la fonction publique et du travail, ancien syndicaliste, il se donnera un mal fou pour convaincre ses anciens compagnons de lutte que toute les mesures impopulaires prises par le gouvernement dont il fait partie le sont pour le bien-être des travailleurs.
Les mêmes revendications reviennent
Désormais tout semblait attester que les grèves ne faisaient plus peur au Président Baré et à son équipe. Du reste, profitant d’une visite en France en février dernier et répondant aux questions de la presse hexagonale sur les remous au niveau des employés de l’Etat, celui-ci a clairement laissé entendre que "les travailleurs pouvaient aller en grève aussi longtemps qu’ils le voulaient, qu’ ils n’auront pas un Kopeck et que dans tous les cas ces débrayages permettraient à l’État de faire des économies en ne payant pas les fonctionnaires et en opérant des retenues sur les salaires pour fait de grève!" Quelques semaines après cette étonnante déclaration, le Président Ibrahim Baré Maïnassara perdit la vie.
Le Conseil de Réconciliation Nationale qui a pris le pouvoir le 11 Avril 1999 et formé un gouvernement de transition ouvert à toutes les sensibilités, est déjà confronté aux mêmes revendications adressées au régime de la défunte 4ème République. Dès sa prise de fonction pourtant, il avait demandé une sorte de trêve sociale pour asseoir les conditions d’une réussite de la transition qui devrait durer 9 (neuf) mois. Seulement, les agents de la fonction publique nigérienne totalisent aujourd’hui 7 à 8 mois d’arriérés de salaires...
Rabiou Dog