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Journal Anfani

Internet Issue June 1999 -
SONDAGE ANFANI MARADI

Inaccessible aux populations de la région nord de Maradi, les ondes de la FM 100 inondent d’un confort plus que agréable la région sud où la radio Anfani a déjà séduit et conquis. Maradi, tout âge confondu s’est façonné un coin de tendresse pour Anfani dont tous sont unanimes à dire qu’il vient combler un vide. Mais pas intégralement. Comme un enfant que l’on chérit mais que l’on veut irréprochable, les Maradawa sont exigeants, à l’image de ces auditeurs rencontrés en ville comme en campagne.

Garba Chawèye, enseignant à Garin Guizo
(canton de Sarkin Yama, arrondissement de Madarounfa)

Accaparé par les contraintes horaires de sa profession d’enseignant, Garba Chawèye n’a que les premières heures de la journée et surtout la nuit pour se confier à son poste radio. A cette heure où tout honnête homme aspire au repos, il se laisse aller à son péché mignon, la musique qu’il adore "douce, soulageant pour les soucis, favorable à la détente". Le week end, il se met sur orbite à partir de 22 h, avec "hilin fâhimtar juna", une émission-débat sur le quotidien, avec une prédilection pour les problème conjugaux. "çà cultive, écouter les problèmes d’autrui vous aide à mieux percevoir les vôtre et même les paysans écoutent assidûment cette émission". Lui qui vit en milieu paysan, a été très surpris de constater que même la population analphabète a oublié la RJM (radio jahar Maradi, la radio publique régionale), et ne jure plus que par Anfani. Les paysans raffolent des émissions humoristiques du genre "humour Ada" qui passe le dimanche de 8h 30 à 9 h.

Cependant, l’intellectuel qu’il est ne peut s’empêcher d’exprimer une faim : le manque d’éditions d’informations locales. Certes, c’est bien d’avoir la BBC et la VOA, mais c’est insuffisant. La RJM aurait pu calmer cette fringale mais dit-il "leurs informations ne tourne qu’autour des déplacements des autorités alors que nous avons besoin de savoir autre chose". Il ne s’explique pas pourquoi Anfani a interrompu les informations qu’elle donnait au départ. Il se dit que même s’il s’agit d’une question financière, pourquoi ne pas envisager une cotisation des auditeurs pour aider la radio. Selon lui, la radio Anfani gagnerait à fournir des informations sur le monde rural et la vie des paysans de la région. Cette prestation, poursuit-il, donnerait le coup de grâce à la RJM vu que déjà les annonceurs préfèrent passer leurs communiqués à Anfani où les tarifs sont par ailleurs moins chers. A ce propos, souligne-t-il, Anfani devrait veiller à choisir un temps précis de diffusion des communiqués. "Actuellement, c’est du n’importe quoi, on interrompt une émission en hausa pour passer un communiqué en français ou vice versa. Il faudrait une tranche spéciale pour mieux satisfaire les souscripteurs. On ne sait jamais quand va passer son communiqué, et ce n’est pas intéressant". Toutefois, assure Garba Chawèye, la radio Anfani est bien appréciée comme si la population l’attendait avec impatience.

Binta Idiwane,
19 ans, élève

Parmi les super branchés de la FM 100 de Maradi il faudra compter la demoiselle Binta Idiwane. A défaut du micro en studio, elle se console en témoignant une fidélité physique à "sa" radio. Binta Idiwane, passe le plus clair de ses temps libres à la radio Anfani, "pour être dans l’ambiance", comme elle dit, pour maintenir aussi sans doute la flamme qui la consume depuis l’ouverture de radio Anfani à Maradi : "travailler à Anfani". Binta Idiwane se verrait bien dans la peau d’une animatrice d’une émission de jeux et contes pour les jeunes de sa génération et les enfants. En attendant, elle savoure tout ce qui passe sur les ondes de la FM 100 avec mention particulière pour trois émissions : big tempo, maxi tendresse et les concerts des auditeurs (français, hausa).

Laouali Salaou,
41 ans, chauffeur

Chauffeur à la NITRA de 1982 à 1986, Laouali Salaou est surtout un accro de musique et maintenant qu’il prête souvent ses services pour aller chercher des véhicules à Cotonou, il en profite pour faire son marché de disques et cassettes. Il dispose ainsi d’une respectable discothèque à domicile. Lorsque la radio Anfani a ouvert ses portes, le concours de circonstances a voulu qu’il reconnaisse un vieil ami en la personne du régisseur Ali Mamadou. Ce dernier lui fait visiter les lieux et dit-il, "à la vue de leur discothèque dégarnie, je lui ai promis de les approvisionner". Commence donc une collaboration qui fait de Laouali Salaou, un collaborateur plus qu’un simple fan de la FM 100. Il participe ainsi à la réalisation de l’émission "les années micro sillon" avec Karim et compagnie puis lorsque l’émission prend son envol il est orienté vers "génération 80", une autre émission qui sollicite sa personne et sa discothèque.

Les deux émissions vont cependant subir une compression horaire et être ramenées à une heure hebdomadaire au lieu des deux heures initiales. Laouali Salaou dit ne pas avoir eu d’explication sur ce raccourcissement, il ne cache pas son amertume par rapport, indique-t-il à d’autres émissions d’animations musicales qui sont même presque quotidienne . Mais, ce désagrément n’a pas entamé son attachement à la FM 100. Une fidélité qui selon lui a contaminé tout Maradi : "la nuit on ne fait rien, on écoute Anfani; avant, il n’y avait que la RJM (la chaîne nationale), mais on ne l’écoutait pas. Ensuite est venu R&M qui n’a été qu’une intermède dans notre ennui. Anfani est venu enfin combler le vide. La preuve est que tous les annonceurs de la ville y envoient leurs communiqués. En fait, ceux qui écoutent encore la RJM, ce sont les mordus de sport comme moi qui nous branchons sur la chaîne nationale aux heures des informations sportives. Autrement, Anfani est écouté à plein temps".

Tout n’est pas cependant parfait, poursuit Laouali Salaou : "la suppression des bulletins d’information depuis Niamey est un manque. Avoir la BBC et la VOA, c’est bien, mais c’est encore mieux quand on peut avoir des informations bien de chez nous". Par ailleurs, Laouali Salaou estime qu’il faut renforcer les émissions islamiques puisque la région est musulmane à plus de 90%. Il s’explique : "dans le temps, chaque matin, nous avions la lecture du Coran et tout le monde était content. Maintenant, à la place, il y a juste un prêche et c’est insuffisant. Il faudrait ramener la lecture du Coran qui offre l’avantage à ceux qui n’ont pas le temps de fréquenter les marabouts de poursuivre leur connaissance de l’écriture sainte.

A part cela, assure Laouali Salaou, la radio Anfani a reçu "une acceptation totale, elle rencontre tous les goûts et il n’y a pas une émission qui n’ait pas des auditeurs". Abdoulaye Issa, 42 ans, tailleur au quartier Bagalam

Pour Abdoulaye Issa, il n’y a pas de doute, Anfani est une très bonne radio et il ne peut pas écouter autre chose. Il savoure tout : les émissions religieuses, les débats sociaux, les infos pratiques. Il trouve un luxe de pouvoir suivre les informations de la BBC et de la VOA sans devoir changer de chaîne. "Avant" confie-t-il, "il fallait tourner les boutons de son poste radio jusqu’à se faire mal aux doigts et sans être même assuré d’arriver à se brancher sur l’une ou l’autre station. Depuis l’ouverture de la radio Anfani je n’écoute plus aucune autre, j’ai la paix et mon poste radio aussi a la paix". Mais tout reste perfectible et Abdoulaye Issa pense que les auditeurs seraient davantage comblé si on allongeait la tranche horaire de l’émission de prêche islamique en y ajoutant de la culture et des leçons pratiques. Autre grief, Abdoulaye Issa qui se réclame du club des anciens, inconditionnellement branchés sur les émissions de musiques traditionnelles, souhaite que s’arrête les interruptions intempestives : "ce n’est pas bien d’interrompre une musique pour bavarder ou passer à un autre titre; les animateurs gagneraient à laisser aux auditeurs le confort de pouvoir écouter une musique jusqu’à son terme".

El Hadj Lour Wanou Sani,
quartier Dan Daka (place du chef),
opérateur économique

Homme d’affaires, El Hadj Lour Wanou Sani, retient surtout son rendez-vous hebdomadaire de vendredi 22h avec l’émission "hilin fâhimtar juna" qui traite de la "société" comme il dit. D’une manière générale, il aime tout sur radio Anfani, mais regrette le manque de bulletins d’informations locales même si la BBC fait des ravages. Ce qu’il souhaiterait, lui en tant qu’opérateur économique, c’est avoir des nouvelles de la capitale et du pays tout entier. Il se console alors avec les émissions de musique traditionnelle. Mais pas à satiété, il voudrait bien s’il en avait le pouvoir que la prière du vendredi soit anticipée sur radio Anfani par la lecture du Coran.

Moustapha Bila,
quartier Limantchi, gestionnaire au dispensaire, place du chef

Moustapha Bila est un cas, il aime la radio Anfani mais avoue n’avoir pas de poste radio ni le temps d’écouter s’il en avait une. Avec lui, c’est simple, la mode à Maradi est à la radio Anfani et il ne rate pas une occasion de tendre l’oreille vers tout poste radio et même de retenir l’intitulé de quelques émissions du genre "kacici-kacici" qui le passionne. Fatigué de traquer les ondes sur les postes d’autrui, Moustapha Bila s’est acheté son petit transistor bien à lui le 30 mai dernier et défi quiconque d’écouter Anfani plus que lui. Il va, dit-il, pouvoir désormais être fidèle à Anfani où il y en a pour tous les goûts, notamment en matière de musiques.

Idi, quartier Bagalam,
ancien tailleur reconverti chauffeur

Idi doit compter parmi les plus assidus de radio Anfani car il ne s’embarrasse pas de formule pour exprimer son attachement : "je m’éveille et m’endors avec Anfani". Comme pour combler son plaisir personnel, lâche-t-il, un brin sournois, Anfani est venu avec force musique le soulager de l’achat de certaines cassettes.

Idi trouve beaucoup d’émission à son goût, avec mention particulière pour "dandallin soyayya" des samedi matin de 8h à 9h, une émission qui lui rappelle certaines lectures. Mention spéciale aussi pour "kacici-kacici" et "maxi tendresse" de son animatrice préférée, Ramatou Léa, qu’il trouve taillée sur mesure pour cette émission.

En fait, il ne connaît pas d’émission qui déplaise sur la FM 100 même s’il est vrai qu’il ne les écoute pas toutes avec la même ferveur. En revanche, il déplore le manque d’informations locales. Ce vide fait que bien que n’aimant pas la radio nationale et ayant peu de foi en ses informations, il se résigne à se brancher sur la RJM à l’heure des infos. Heureusement, Anfani lui offre la BBC et la VOA avec un meilleur confort d’écoute et en prime le luxe de ne pas quitter sa station préférée. Avant, se rappelle-t-il, il fallait se plier à toute une gymnastique pour aboutir dans le meilleur des cas à un mauvais son... Il apprécie par ailleurs la célérité de la prestation pour ce qui est des communiqués : "à peine payés, vos communiqués sont diffusés". Il peut l‘affirmer, Anfani a opéré une immixtion réelle dans la vie des gens de Maradi.

Rahillah Bassirou,
ménagère

Pour cette ménagère, la radio est devenue plus qu’un gadget, un ami. Pour Rahillah Bassirou, Anfani est la perfection et tout lui plaît sur la FM 100. Elle fait cependant une place de choix à "dandalli soyayya" l’émission qui lui parle d’amour et "kacici-kacici" pour sa vocation didactique.

Pour cette femme que les travaux domestiques n’égayaient pas, Anfani à changer beaucoup de chose, elle travaille désormais en musique et la radio lui tient compagnie autrement qu’à la sauvette comme du temps où elle n’avait que la RJM et ses 4 h quotidiennes d’émissions locales. Rahillah Bassirou en est convaincue, "la radio Anfani va changer au moins le comportement des gens dans la gestion de la vie conjugale". Seule fausse note pour sa radio préférée, la légèreté avec laquelle est diffusée les communiqué de décès, "sans indicatif spécial, comme dans l’indifférence de la douleur des proches de la victime".

Ibbo Daddy Abdoulaye

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